Salut!

Lorsque j’ai créé ce blogue il y a trois ans, je l’ai fait pour nous et pour les autres. Pour nous, car il permettait de raconter notre quotidien, nos démarches et étapes importantes dans cette aventure d’immigration. Pour les autres, car je voulais offrir l’aide que je n’ai pas toujours reçue dans les méandres de l’administration et la méconnaissance du Canada en général.

Petit à petit, à force de discussions en ligne et de rencontres en vrai, quelque chose m’a interpelée. J’ai remarqué que les démarches pour immigrer au Canada avaient complètement changé en quatre ans (on a débuté notre PCP en 2014). Du coup, quand on nous posait une question spécifique, souvent on ne savait pas quoi répondre. Et plus le temps passe, plus les questions tombent et moins notre aide a un intérêt quelconque. C’est un constat qui m’amène à me demander si ce blogue est encore vraiment utile (pour les autres).

Alors, autre questionnement, dois-je le garder pour nous ? Si au début, il nous aidait à ponctuer nos péripéties et raconter notre immigration, aujourd’hui j’ai l’impression qu’une page a été tournée. Peut-être que ce sentiment est moins fort chez Monsieur mais personnellement, je ne me vois plus comme une immigrée. Je suis acadienne d’adoption, une néo-acadienne et bientôt une citoyenne canadienne. Je me sens inclue dans ma communauté, dans ma ville et je désire m’y installer durablement. Dans l’article consacré à nos deux années d’installation, on émettait l’idée d’acheter notre chez nous. Ce rêve se concrétise enfin et c’est une étape symbolique pour nous. Rien n’est jamais coulé dans le bêton et on ne sait pas ce que l’avenir nous réserve mais aujourd’hui on est bien, on est épanoui et on voudrait garder nos futures étapes pour nous.

Bref, tout ça pour dire que ce blogue touche à sa fin mais ne sera pas supprimé tout de suite car je pense qu’il peut encore être utile à certains. Je souhaite beaucoup de courage à ceux qui se lancent dans des démarches d’immigration et j’espère que votre expérience sera aussi épanouissante qu’elle l’a été pour nous.

goodbye

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Les congés fériés

Cela fait longtemps que nous n’avons pas eu tous les deux un vrai long weekend. Depuis Noël, on court dans tous les sens : métro, boulot, dodo (c’est une expression, je sais qu’il n’y a pas de métro à Moncton). De manière générale au Canada, les employeurs offrent peu de congés annuels. On commence avec deux semaines par an et ça augmente en fonction du contrat de travail. Heureusement, les heures sup’ peuvent vite s’accumuler et être récupérées pour compenser ces deux semaines bien courtes.

Du côté des congé fériés, il y a aussi des différences. Chaque province Canadienne possède ses spécificités malgré certaines constantes comme le jour de Noël, le nouvel an, le weekend de Pâques, le jour du souvenir (Armistice), la fête du Canada, et j’en oublie certainement. Au niveau provincial, il y a évidemment la fête du NB qui n’est pas la même date que la fête du Québec, de l’Ontario, ou autre. Après, il y a d’autres fêtes dont les congés ne sont pas octroyés par tous les employeurs comme la fête nationale de l’Acadie le 15 août (jour de l’Assomption).

Une preuve indéniable que les Canadiens sont plus malins, c’est que si un congé férié tombe un samedi ou un dimanche, il sera reporté au lundi. Impossible d’en perdre un ! Bref, tout ça pour dire que le 21 mai c’était la fête de la reine, jour où on célèbre l’anniversaire officiel du monarque du Canada (les Québécois, de leur côté, ont rebaptisé cette fête en Journée nationale des patriotes). Cette date marque également le début de l’été car le soleil tape déjà fort sur nos peaux de gaulois tous blancs. Nous en avons naïvement fait les frais en exposant nos corps d’aspirines sur les plages de Cap Pelé, ainsi qu’en visitant (pour la première fois en près de trois ans) le site d’Hopewell Rocks. Il en résulte des belles photos et des visages qui pèlent.

Vivement le prochain congé !

 

Vivre en français au NB

Beaucoup de rumeurs circulent en ce moment dans les « clubs » d’immigrés et nouveaux arrivants. Il paraîtrait qu’on peut vivre en français au Nouveau-Brunswick mais pas y travailler. Qu’il faut savoir parler un minimum l’anglais si on veut mener sa petite carrière dans cette province, que certains prétendent pas si bilingue que ça.

C’est un terrain glissant sur lequel je m’aventure ici et j’aimerai éviter de tomber dans le combat de revendication linguistique. Je vais uniquement énumérer des faits qui ponctuent mon quotidien et ainsi tordre le cou à certains préjugés.

Alors pour commencer, je vis en français et je travaille en français dans une ville où les francophones sont minoritaires. Tu vas me rétorquer : « Tu es l’exception qui confirme la règle. » Je te réponds non, mon chum vit et travaille en français également. Tu me dis : « Oui, mais vous avez cherché à travailler absolument en français. Vous aviez peut-être des pistons. » Je te réponds de nouveau non. On ne connaissait personne avant de venir et nous n’avions pas dans l’idée de travailler uniquement en français. Nous avions d’ailleurs pris des cours d’anglais lors de notre installation afin de chercher des postes bilingues. Bien sur, c’est moins courant de voir des postes uniquement francophones passer dans les petites annonces mais il est prouvé que 80% des postes disponibles ne sont jamais affichés en place publique. Il faut réseauter. Après si vous voulez devenir indépendant, dans ce cas oui. Il est raisonnable de penser qu’il vaut mieux être bilingue sinon tu vas perdre beaucoup d’occasions de faire proliférer ton business.

Dans notre quotidien pour les courses, chez le coiffeur, acheter une auto, aller au restaurant, on parle français ou anglais. Tout dépend de l’interlocuteur. On fait des efforts si on voit que la personne en face de nous ne parle pas bien français et vice versa. Les conversations les plus drôles et les plus intéressantes étant quand les deux langues sont complètement mélangées et qu’on se comprend. Personnellement j’adore ça et ça me donne envie de m’améliorer en anglais pour mettre mes interlocuteurs les plus à l’aise possible. D’ailleurs, notre meilleure astuce pour apprendre cette langue a été de regarder des films en anglais sous-titré anglais. Pour la compréhension c’est parfait. Il ne reste plus qu’à pratiquer, mais c’est pas facile vu qu’on vit et qu’on ne travaille qu’en français 😉

Hiver, tu viens-tu?

L’année passée, on vous avait rédigé plusieurs articles sur la météo canadienne. Notamment sur le fait que les hivers 2015-2016 et 2016-2017 étaient légèrement capricieux : un peu de neige, quelques tempêtes qui se comptaient sur les doigts d’une main, du verglas, etc. Honnêtement, si on s’est installé au Canada, c’est aussi pour profiter de certains clichés comme déblayer sa voiture couverte de neige, aller patiner en extérieur, faire de la raquette dans les bois et tutti quanti.

Cet hiver 2017-2018 avait débuté sur les chapeaux de roue avec des températures extrêmes fin décembre, genre -25 degrés et un ressenti inimaginable. Avec un froid pareil, il y a du soleil mais pas encore de neige. On est enthousiaste pour la suite et on s’achète nos premières paires de raquettes. Quoi de plus canadien que d’avoir ses propres raquettes ? Ostie qu’c’est une étape émouvante dans la vie d’un immigré !

Bref, nous n’avons que les fins de semaines pour profiter des joies de l’hiver (et encore) et on attend la neige. On attend. On attend. On attend… Euh… Tiens ? Il pleut… Ha…? Ça gèle… Tiens ? Il repleut… Rapidement, nous voici fin février, et dehors avec son manteau en poils de raton-laveur Madame a chaud. Bon sang ?! Pourquoi fait-il si chaud ?! Il fait -10 en Belgique ! Ici les érables commencent à couler et les médias locaux nous disent que l’hiver est déjà fini ! Et nos raquettes alors ? Et soi-disant que le réchauffement climatique c’est des fake news inventées par les chinois…

À bon entendeur, si les plaisirs de l’hiver vous font rêver, on vous conseille de passer directement par le pôle Nord, c’est plus sûr 😉

Le lancer de hache

Comme expliqué précédemment dans notre article sur Montréal, on a eu un vrai coup de cœur pour une activité complètement wtf : le lancer de hache. Monsieur a découvert ce « sport » sur YouTube et bien entendu, l’homme des bois qui sommeillait en lui s’est réveillé dès que nous avons pris la décision de visiter Montréal.

Pour satisfaire l’instinct de pionnier de Monsieur, Madame s’est donc pliée au jeu (non sans une certaine appréhension). Sachant que Monsieur est particulièrement adroit au tir à l’arc, elle ne doutait pas un seul instant qu’il saurait gérer le lancer de hache. Par contre, ceux qui connaissent Madame savent que ses bras sont aussi impressionnants que des spaghettis (cuits). Son angoisse : être incapable de lancer cette fichue hache, blesser quelqu’un et qu’on la mette dehors comme un danger publique.

Nous avions réservé notre cible au préalable (45$ par cible comprenant un max de trois personnes pour une heure de lancer) et heureusement car la salle s’est vite remplie malgré que ce soit un jour creux. Chaque nouveau pratiquant a droit aux explications d’un professionnel du lancer de hache. Si la majorité de la team était composée d’hommes barbus d’un mètre 90 pour 150kg, notre professionnel(le) était une petite femme blonde semblable à l’héroïne d’Alice aux pays des merveilles. Voir avec quelle facilité et dextérité elle lançait des haches énormes en plein dans le mille avait quelque chose d’effrayant. Mais curieusement rassurant pour Madame. Car bien lancer des haches n’est pas une question de force. Il y a des techniques, à chacun de trouver celle qui lui convient. Si Monsieur lançait les siennes tel un sioux à une main, Madame préférait le lancer à deux mains (tout aussi efficace). Une fois les gestes de base bien maîtrisés, notre professionnelle nous a confié différents joujoux (des grosses haches, des techniques, des toutes petites, etc.). Et là, LET’S FUN!

Quand on avait lu sur leur site internet Rage Montréal que le lieu permettait de s’inscrire à un club et d’en faire régulièrement, on avait rigolé en se disant: « Qui s’inscrit à ce genre de club? »

Après coup, franchement, nous on le ferait 😀

Ailleurs au Canada : Montréal

En y réfléchissant bien, Monsieur et Madame considèrent ce voyage de 8 jours comme étant leurs premières vacances en couple depuis qu’ils sont au Canada. Il est vrai qu’ils sont partis à Halifax au printemps et retournés en Belgique cet été. Mais le premier était fort court et s’apparentait plus à un weekend, tandis que le second n’a pas été de tout repos (courir à gauche à droite, revoir la famille, sorties tous les jours, etc.). Ils voulaient juste prendre du temps pour eux.  C’est dans cette optique qu’ils ont réservé une bonne semaine de vacances dans la deuxième plus grande ville francophone du monde: Montréal.

Monsieur/Madame en mentionnant aux Acadiens qu’ils n’avaient jamais mis les pieds à Montréal faisaient face à une certaine incrédulité. En même temps, y’a dix heures de route pour y aller et réussir à obtenir des vacances au même moment n’est pas une mince affaire. Beaucoup nous vendaient très bien la ville: musées, magasins, sorties, resto, etc. Même s’ils n’aiment pas vraiment les grandes villes, Monsieur/Madame aiment la culture et en faire le plein une fois de temps en temps. Ils étaient donc plutôt enthousiastes et avaient prévu une liste d’activités bien précise: visite du parc Mont Royal, visite des musées d’art contemporain, des Beaux-arts, d’archéologie, visite du planétarium, du Biodôme, de l’insectarium, du jardin botanique, et enfin passage obligé de certaines attractions locales comme le lancer de hache (oui, oui, nous ferons un article spécifique là-dessus plus tard) ou le café chats.

Monsieur/Madame ont fait toutes les activités de leur liste nonobstant la vague de froid en vigueur (en moyenne -20 degrés température réelle, vous n’imaginez même pas le ressenti). Malgré de belles rencontres et certains coups de cœur (comme le lancer de hache et le Musée des Beaux-arts), Monsieur/Madame ont été légèrement déçus. Peut-être leur a-t-on survendu la ville? Peut-être Monsieur/Madame sont-ils devenus trop Acadiens? (nous entendons par là « trop aimables ») Parce que ce qui nous a le plus marqué à Montréal c’est l’apathie, les incivilités et la saleté. Pour être totalement honnête, on se croyait parfois dans certains quartiers belges. Anecdote: On aurait dû faire une photo mais à un moment, on s’est retrouvé dans une petite rue un peu glauque, devant une maison mitoyenne en brique rouge dont un rebord de fenêtre était recouvert de cadavres de Stella Artois. « Bienvenue à Charleroi » s’est-on exclamé en chœur! 

Bref, on sait que ce n’est pas joli-joli de se moquer alors qu’on a quand même passé du bon temps à Montréal. Il est même probable qu’on y retourne mais fiouuuu, pas tout de suite. Laissons-nous le temps de digérer notre nouveau statut de provinciaux qui aiment leur campagne!

Slam et belgicismes

Si Monsieur vit un quotidien professionnel assez classique (ce qui n’est pas sans lui déplaire) Madame fait plein de choses différentes à son boulot. Parfois, quand on lui demande ce qu’elle fait, elle répond spontanément « couteau suisse ». Cet aspect est particulièrement intéressant puisqu’elle peut s’essayer à tous les pans du secteur culturel : la paperasse administrative (et oui, elle est partout), la théorie, la création, la promotion, les voyages, les rencontres et bien d’autres choses. L’avantage principal étant qu’elle ne s’ennuie jamais et peut développer ses compétences dans plein de domaines différents (n’oublions pas qu’au Canada les compétences priment souvent sur le diplôme). Et parfois, il arrive qu’elle développe des compétences dans des domaines auxquels elle ne penserait jamais.

Un jour au bureau, est né le projet de faire un festival de Slam. Honnêtement, Madame n’y connaissait pas grand chose. Elle se souvenait vaguement, il y a une dizaine d’années, de slameurs français tristes qui passaient à la radio en faisant des rimes. Peut-être trop jeune pour apprécier, mais plus certainement, pas d’écoute dans le bon contexte. Car oui, le Slam, ce n’est pas juste une lecture plate de poésie déclamée uniquement pour le plaisir de l’auteur. C’est une question de partage, de rencontre et de participation du public (et ça, il faut le vivre pour le découvrir).

Le projet pris rapidement forme et un matin, Madame écrit son premier Slam sous l’impulsion collective de son équipe. Et là, foule questions lui viennent : Est-ce que ça rime ? Combien de temps ça dure ? Quel sujet aborder ? Rapidement, elle comprit que contrairement à la poésie classique, le Slam prend la forme qu’on veut lui donner. Il n’est pas rigide, il claque, il est musical et engagé. Madame a une bonne oreille, ça tombe bien. Son sujet a finalement été trouvé en toute simplicité : les belgicismes. Quel plaisir inavouable de mettre les Acadiens dans sa situation quotidienne d’immigrée qui ne comprend pas grand chose à leurs expressions locales. Les hasards des rencontres ont fait que son Slam a plu et a été performé plusieurs fois pendant le festival, accentuant de plus en plus son accent belge qui revenait des limbes. Les spectateurs ont beaucoup ri, se remémorant un vieux copain belge qui parlait de la même manière ou des mots et expressions similaires à telle ou telle région d’Acadie. C’était chouette et Madame se demande déjà sur quel sujet elle écrira l’an prochain.