Slam et belgicismes

Si Monsieur vit un quotidien professionnel assez classique (ce qui n’est pas sans lui déplaire) Madame fait plein de choses différentes à son boulot. Parfois, quand on lui demande ce qu’elle fait, elle répond spontanément « couteau suisse ». Cet aspect est particulièrement intéressant puisqu’elle peut s’essayer à tous les pans du secteur culturel : la paperasse administrative (et oui, elle est partout), la théorie, la création, la promotion, les voyages, les rencontres et bien d’autres choses. L’avantage principal étant qu’elle ne s’ennuie jamais et peut développer ses compétences dans plein de domaines différents (n’oublions pas qu’au Canada les compétences priment souvent sur le diplôme). Et parfois, il arrive qu’elle développe des compétences dans des domaines auxquels elle ne penserait jamais.

Un jour au bureau, est né le projet de faire un festival de Slam. Honnêtement, Madame n’y connaissait pas grand chose. Elle se souvenait vaguement, il y a une dizaine d’années, de slameurs français tristes qui passaient à la radio en faisant des rimes. Peut-être trop jeune pour apprécier, mais plus certainement, pas d’écoute dans le bon contexte. Car oui, le Slam, ce n’est pas juste une lecture plate de poésie déclamée uniquement pour le plaisir de l’auteur. C’est une question de partage, de rencontre et de participation du public (et ça, il faut le vivre pour le découvrir).

Le projet pris rapidement forme et un matin, Madame écrit son premier Slam sous l’impulsion collective de son équipe. Et là, foule questions lui viennent : Est-ce que ça rime ? Combien de temps ça dure ? Quel sujet aborder ? Rapidement, elle comprit que contrairement à la poésie classique, le Slam prend la forme qu’on veut lui donner. Il n’est pas rigide, il claque, il est musical et engagé. Madame a une bonne oreille, ça tombe bien. Son sujet a finalement été trouvé en toute simplicité : les belgicismes. Quel plaisir inavouable de mettre les Acadiens dans sa situation quotidienne d’immigrée qui ne comprend pas grand chose à leurs expressions locales. Les hasards des rencontres ont fait que son Slam a plu et a été performé plusieurs fois pendant le festival, accentuant de plus en plus son accent belge qui revenait des limbes. Les spectateurs ont beaucoup ri, se remémorant un vieux copain belge qui parlait de la même manière ou des mots et expressions similaires à telle ou telle région d’Acadie. C’était chouette et Madame se demande déjà sur quel sujet elle écrira l’an prochain.

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Halloween

Il y a des fêtes, soi-disant « américaines », qui pour nous Européens n’ont pas vraiment de sens ou d’intérêt. Halloween en est l’exemple parfait. À la base fête païenne et considérée comme le nouvel an Celte, c’est le seul jour de l’année où les morts pouvaient se balader parmi les vivants (d’où l’intérêt de se déguiser en quelque chose d’effrayant afin de ne pas se faire attaquer). C’est au 19ème siècle que la fête d’Halloween est introduite aux États-Unis et au Canada après l’arrivée massive d’émigrants irlandais et écossais. Faudra attendre encore quelques années pour une récupération plus commerciale du concept.

Quand Madame et Monsieur étaient petits, Halloween faisait seulement sa réapparition en Europe. On n’a pas vraiment eu le temps d’accrocher, ni de faire la quête de bonbons. En vrai, à part une ou deux fois où on a sculpté une citrouille, on n’a jamais fêté Halloween. Sauf que là, depuis deux ans, on a déménagé. Et ici, au Canada, Halloween est la fête préférée des locaux (après Noël bien sur). Donc, devant la maison, on met le paquet : fantômes, crânes, citrouilles, chats noirs géants, toiles d’araignées, etc. Avec l’été indien qu’on a en ce moment, pour être honnête, c’est super joli. Ça égaye vraiment les rues du quartier.

Justement, depuis deux ans, on faisait encore les réfractaires. Trop vieux pour faire la quête de bonbons et les soirées thématiques pour adultes ne nous tentaient pas plus que ça. Mais cette année, on ne sait pas ce qui s’est passé. Un déclic ? Dans tous les cas, on s’est dit ok, cette année on fête Halloween. Donc, bien à l’avance on a confectionné nous-même nos costumes (avec nous c’est tout ou rien) et on s’est acheté des billets pour LA soirée Halloween de Moncton. Monsieur n’a finalement pas pu accompagner Madame (boulot, boulot, encore) mais qu’à cela ne tienne, elle a passé une super soirée. Du simple costume au plus élaboré, de la musique métal à GhostBusters, des selfies en veux-tu en voilà, des félicitations entre costumes homemade, entre autres. Il est plus que probable qu’on remette ça l’année prochaine (et Monsieur n’aura plus d’excuse !).

 

Deux ans

C’est officiel, cela fait deux ans depuis le 7 octobre qu’on a quitté la Belgique pour s’installer au Canada et plus précisément au Nouveau-Brunswick. Un petit bilan s’impose donc et le premier truc qui nous vient à l’esprit c’est qu’on ne retournera pas en Belgique. Notre retour aux sources de cet été n’a fait que nous conforter dans notre choix d’expatriation. La Belgique ce n’est plus chez nous. Mais est-ce qu’on peut considérer que le N.-B. c’est chez nous maintenant ? Sur ce point, il y a encore du travail à faire. Bien que nous n’ayons jamais été considéré comme des étrangers, il y a toujours ce sentiment de déracinement qui flotte dans l’air. Il faut sans cesse s’adapter, découvrir chaque jour des nouvelles têtes, des nouvelles expressions, des nouvelles coutumes, etc. Bien que ce soit plaisant la plupart du temps, cela rappelle qu’on ne vient pas d’ici et qu’il faut redoubler d’efforts pour trouver sa place.

En prenant un peu de recul, on se dit qu’en deux ans on a fait pas mal de choses et qu’on peut être fiers de nous. Notre objectif premier était professionnel, Madame a trouvé un job dans la culture et Monsieur a trouvé dans l’enseignement et aussi dans la culture. Donc, mission accomplie. Par contre, notre objectif second, on n’y avait jamais vraiment pensé. Si on tend à rester traditionnels, on pourrait s’imaginer se poser à long terme. Bien sûr, on n’est pas riches, mais peut-être assez pour envisager d’acheter une petite maison. Car finalement, c’est peut-être ça qui nous manque. Enfin poser nos valises quelque part et se dire : c’est à nous, c’est chez nous. Affaire à suivre …

En attendant de franchir de nouvelles étapes, on profite du temps généreux et des couleurs de l’automne. Voici quelques photos prises d’une balade lors du weekend de l’Action de grâces (le Thanksgiving canadien).

Un weekend idéal

Il arrive régulièrement d’entendre des visiteurs de passage dire qu’il n’y a pas grand chose à faire ou à voir à Moncton et ses environs. Ces gens-là restent 2-3 jours, font le tour de la ville, visitent quelques parcs, puis s’en vont. C’est vrai que pour les voyageurs, qui sont passés précédemment par Montréal, Québec, Toronto et qui arrivent à Moncton, la ville et ses alentours peut paraitre légèrement « plate » (= décevant). Soyons honnêtes, nous aussi, on a eu cette impression au début. Mais avec le temps, on commence à avoir nos bonnes adresses, voir même à se faire plaisir. Il se trouve justement que la fin de semaine passée, c’était la fête à Madame (= son anniversaire). C’était l’occasion de tester des activités qui sortent de l’ordinaire.

C’est de cette manière que commence notre weekend idéal :

  1. Pour amorcer son samedi, et oublier qu’elle vieilli malgré son apparence juvénile, Madame s’offre un massage professionnel au centre-ville. Au Canada, les massages sont considérés comme un médicament et sont remboursés par les assurances santé complémentaires. Bon, c’est vrai que Madame avait l’impression d’être un spaghetti cuit après son massage mais tout s’aborde avec sérénité après ça.
  2. Ensuite, petit passage par l’atelier de poterie ClaySpace qui fêtait ses deux années d’existence en organisant un petit marché. Inutile de dire que Madame a fait pas mal d’emplettes et a été gâtée par ses amies.
  3. Surprise de son chum (= Monsieur) ! Sur la route qui mène à Hopewell Rock, il existe un ranch magnifique dans lequel on peut faire un tas d’activités. Broadleaf Guest ranch propose des hébergements, des activités sportives, un restaurant, et des balades à cheval, bien évidement. Ça se trouve à une bonne demi-heure en voiture de Moncton et le trajet est vraiment agréable avec de beaux paysages et villages à traverser. Les chevaux sont très bien traités, voir chouchoutés, et sont ultra dociles. Après une petite appréhension (huit ans que nous n’étions plus montés là-dessus), nous avons adoré notre longue balade dans les prairies et le long du Petit Codiac. Gare cependant aux courbatures le lendemain 😉
  4. Pour achever notre samedi, notre avons opté pour un restaurant chic, le Bistrot 33, toujours à Moncton. Note salée mais qui la vaut franchement (les anniversaires c’est une fois par an hein).
  5. Le lendemain, nous avons donné rdv à des amis pour tester le labyrinthe de maïs de Salisbury, à 20 minutes de Moncton. Le design du CornMaze change chaque année, et cette fois-ci, il fût logiquement dédié aux 150 ans du Canada. Neuf dollars pour une bonne heure de plaisir (à refaire autant de fois que vous voulez), c’est pas cher. Il y a aussi un petit marché juste à côté avec des fruits, des légumes locaux et quelques objets d’artisanat.
  6. Enfin, disons-le clairement, on était crevé de notre weekend. Pourtant, nous aurions pu partir dans le Sussex, un peu plus loin, pour participer à l’Atlantic Balloon Fiesta. Plusieurs décollages de montgolfières du matin jusqu’au soir, des marchés, des jeux, de la bouffe, etc. C’est là qu’on se rend compte que deux jours, c’est pas assez dans un weekend.

Alors ? Il n’y a toujours rien à faire à Moncton et dans ses alentours ?

Le choc des cultures

Avant de partir en vacances pour trois semaines en Belgique, nous nous étions interrogés sur l’intitulé de cet article : « Retour au plat pays », « Enfin les vacances », etc. Il est vrai que nous n’étions pas retourné sur notre terre natale depuis presque 2 ans, c’est-à-dire depuis notre départ définitif pour le Canada. Évidemment, on imagine un retour plein de sentimentalisme avec les retrouvailles familiales, amicales, et tutti quanti.

Les billets ont été achetés il y a belle lurette et on se faisait une joie. Notre première erreur a été de préparer notre valise en fonction du temps canadien, sous-entendu des robes, des shorts, t-shirts, que du très léger. Après deux étés au Nouveau-Brunswick avec des températures moyennes entre 25 et 35 degrés et un ensoleillement plus que généreux, on ne se pose pas trop de questions. Tu vois cher lecteur où je vais en venir.

Bon, on voyage confort, comme des vrais canadiens qui ont l’habitude de prendre l’avion : jogging, sneakers (= baskets), et coussin pour la nuque. Le voyage se passe sans encombre, le ciel est clément et un ami cher nous tend les bras à notre arrivée. Mais avant ses retrouvailles, un passage obligé : récupérer les valises.

Vous connaissez certainement ce moment où chacun s’agglutine pour récupérer en premier sa valise. Premier choc des cultures. Quand au Canada, tout le monde (en général) est respectueux et prend son temps sans se bousculer, en Belgique tu dois te frayer un chemin parmi la foule compacte et tenter d’en sortir une fois ta valise récupérée sans que personne ne s’écarte ou s’excuse d’être dans le chemin. Dans ce bordel sans nom, une seule personne s’est écartée et excusée, c’était un canadien.

Notre ami nous récupère, on est content de se revoir. Second passage obligé : faire la file pour payer le ticket de parking. Second choc des cultures. Nous faisons la file durant 5-10 min, c’est notre tour, et une dame nous passe devant. NORMAL. C’est idiot mais on est choqué. Dans cet aéroport et même durant l’entièreté de notre séjour en Belgique, nous avons été confronté à des incivilités quotidiennes auxquelles nous ne sommes tout simplement plus habitués. Le plus flagrant étant certainement les services. On se comprend : tu payes pour un service, au Canada (de nouveau, je note en général) le client est roi. Si un client est content, il reviendra et te fera une bonne pub. C’est un concept que nous avons évidemment rapidement assimilé dans notre pays d’adoption. En Belgique, le « Bonjour Madame/Monsieur », le « Merci Madame/Monsieur », le « Au revoir Madame/Monsieur » et le « Passez une bonne journée » avec un sourire, est devenu une denrée rare. Et franchement, ça fait une fameuse différence dans ton quotidien.

Inutile d’ajouter que les robes, shorts et t-shirts sont restés dans la valise. On a opté pour des chandails (= pulls), jeans, et K-way en plein mois d’août. Youpi. Je l’accorde, c’est pas un choc des cultures mais uniquement un choc météo.

Alors oui, ce fût un retour plein de sentimentalisme avec les retrouvailles familiales, amicales, et tutti quanti (on a vachement bien mangé pendant trois semaines). Mais franchement, qu’est-ce qu’on était content de rentrer au Canada.

Ailleurs au Canada : Toronto

Monsieur n’étant pas encore rentré de la Nouvelle-Écosse, Madame a décidé de bouger un peu et d’organiser un petit citytrip entre filles. Tant qu’à faire, on a choisi la plus grosse ville du Canada : Toronto. Situé à 1500 km de Moncton, on a évidemment décidé d’y aller en avion pour gagner du temps (et de l’énergie), et de se loger dans le quartier chinois (pas cher).

Soyons honnêtes, en matière de dépaysement c’est du haut niveau. Il s’agit d’une mégapole similaire à ce qu’on voit dans les films américains avec des buildings, des taxis bicolores, du bruit, et la vie culturelle qui va avec. On a dû marcher une dizaine de kilomètres chaque jour. Bien que le tram soit facile à utiliser, on a préféré marcher car il s’agit du moyen le plus efficace pour tomber en amour avec la ville. Difficile d’avancer sans avoir perpétuellement le nez en l’air tant il y a à voir.

C’est idiot, mais au delà des buildings, le premier truc qui m’a marqué c’est la diversité de la population locale. J’avais lu que 50% des habitants de la ville n’étaient pas nés au Canada, mais je ne pensais pas que cela serait si visible. Voir mille facies différents faire mille choses ensemble, comme sortir, travailler, se marier, faire des bébés, etc. c’est littéralement la chose la plus cool et positive que j’ai vu de ma vie. J’aimerai tellement voir de telles scènes de manière quotidienne à Moncton (on y croit, c’est en marche).

Pour résumer notre séjour, on a mangé, on a visité des musées et aquarium, fait du shopping à outrance, vu un concert de nu métal en plein air, et profité d’activités que je pensais réservées à des gens riches. Les rencontres et la chance ont fait de ce séjour une fantastique découverte qui mérite amplement d’être renouvelée avec Monsieur.

Plus de photos de ce voyage sur notre compte Instagram Nad_Andy

Monsieur est parti en N.É.

On vous rassure directement, tout va bien dans le foyer de Monsieur/Madame mais parfois, on fait face à des opportunités qui ne se refuse pas. Il y a peu de temps, Monsieur a été contacté pour donner des cours de français et des workshops artistiques à l’Université Sainte-Anne en Nouvelle-Écosse. Logé et nourri pendant 5 semaines, il vit actuellement sur le campus situé dans la Baie Sainte-Marie, bastion acadien de la Nouvelle-Écosse.

À vol d’oiseau, c’est vraiment pas loin (à l’échelle du Canada). Mais en pratique, c’est quand même à 5 heures de route en voiture. Tiens, en parlant de voiture… Ben, Monsieur est parti avec. Madame ne lui en veut pas, il en a plus besoin qu’elle. N’empêche, gouter à ce genre de facilité pour retourner au stade piéton ou cycliste pendant 5 semaines, c’est un peu chiant galère.

Certains pensaient que Monsieur reviendrait à la maison pendant quelques weekends mais vu l’implication que son travail lui demande, c’est mission impossible. Il profite donc de son temps libre en explorant le site autour du campus : possibilité d’accéder à la plage à pied, installations sportives, type piscine, etc. Voici quelques photos de son cadre de vie quotidien ci-dessous.

Il participe également aux activités organisées par l’unif pour les étudiants (mais aussi les professeurs), telles que la soirée toge, concert de CY, pratique de théâtre amateur, concours artistique, etc.

Pendant ce temps, au Nouveau-Brunswick, Madame se nourri exclusivement de chocolat pour se réconforter de l’absence de Monsieur (c’est pour rire). En vrai, elle a arrêté de se faire à manger, va un peu trop au resto, et prévoit d’écrire un guide des meilleures cuisines de Moncton (c’est pour rire aussi, mais pas tant que ça).